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Magnifiques performances de Kinigamazi, Kassongo, Graidia et Yves Tazi

Il y a longtemps, très longtemps, que Genève n’avait vécu une soirée de boxe d’une telle qualité. Pour une « première » dans le hall d’exposition de Citroën (Suisse) SA, ce fut une belle réussite : près de 600 spectateurs dans un cadre insolite, des combats de haute intensité grâce à des professionnels carougeois superbement préparés par Giorgio Costantino, mais aussi grâce à une opposition espagnole de grande valeur. Tout était réuni pour faire de cette soirée de gala un beau succès populaire sous les caméras de la télévision Léman Bleu, venue pour présenter 50 minutes des meilleurs moments.

A la fois instigateur, promoteur, organisateur et acteur, Patrick Kinigamazi a de quoi être satisfait de son initiative. Non seulement il a comblé le public genevois, mais il a signé sur le ring la meilleure performance de sa carrière (26 combats) en battant nettement aux points le Hondurien Miguel Alberto Gonzalez Mena (13 succès, 8 défaites), un boxeur habitué aux durs affrontements internationaux, doté d’une belle frappe et d’une formidable résistance qui l’a sauvé d’une fin prématurée.

Très concentré sur son sujet, agressif et précis comme jamais, Kinigamazi  a construit sa 24ème victoire dès la première reprise en imposant un rythme infernal. Au 2ème round déjà, Gonzalez Mena était durement secoué par ses crochets des deux mains, et plus encore au 3ème où un terrible crochet du gauche le faisait flotter dangereusement. Mais, malgré cette explosivité à laquelle il ne nous avait pas habitués, le champion de Suisse ne pouvait placer le coup décisif.  Au 5ème round, le Hondurien encaissait encore deux crochets du droit très appuyés. Il était sérieusement malmené mais trouvait les ressources pour se sortir de cette très mauvaise passe en réussissant même à toucher Kinigamazi en contre.

Jusqu’au bout Patrick a mis sur son adversaire une pression terrible. Jamais il n’a relâché son effort, variant ses coups, frappant sous tous les angles. Au bénéfice d’une condition physique exceptionnelle, il s’est révélé, à 33 ans et sous les yeux de Peter Stücki, président de la comission des professionnels et vice-président de Swiss Boxing, plus conquérant que jamais et aspire désormais à obtenir l’opportunité pour un titre international. Peut-être le 18 novembre à l’occasion du prochain meeting du CPC à la salle des Fêtes ?

Si Kinigamazi est apparu transformé, que dire de Cédric Kassongo, vainqueur lui aussi à l’unanimité du redoutable frappeur espagnol Fran Suarez (2 combats, 2 succès par k.o.) ? Le Genevois a livré le meilleur match de sa carrière, désormais bien relancée par ce succès très convaincant, le septième en dix combats. Jamais encore Cédric n’avait fait preuve d’une telle maîtrise. Doté de qualités techniques exceptionnelles, il a su par ses esquives et ses déplacements se préserver des assauts furieux du jeune Madrilène, dominé et débordé par un Kassongo tout à fait exceptionnel et frappant avec une lucidité impressionnante.

Explosif comme jamais, variant ses coups et les lâchant avec précision et agressivité,  Kassongo a réussi par cette performance magnifique son retour au premier plan. Il fallait ça pour le remettre en confiance. Il y a mis la manière au delà des espérances, confirmant que l’ancien champion de Suisse junior est bien le plus doué de la classe et qu’à 29 ans l’avenir lui appartient encore. A condition désormais de travailler ce mental qui fait toute la différence.

Sur ce plan-là, pas de souci pour Khalid Graidia (33 ans) qui a livré le match qu’on attendait face au puissant super-moyen espagnol Francisco Javier Duran. Un combat de titans entre deux boxeurs très physiques, que la nouvelle recrue du CPC a gagné aux points (2-1) en dévoilant des qualités exceptionnelles de résistance. Doté d’une allonge légèrement supérieure à son adversaire, Graidia a utilisé son bras gauche à bon escient pour contenir Duran et l’empêcher de placer ses terribles crochets. Ce dernier a fait le forcing au 3ème round mais la réaction de Khalid l’a durement secoué. Il a encore été mis en difficulté à la reprise suivante par les frappes lourdes du sociétaire carougeois qui a un peu fléchi sur la fin. A l’issue d’un affrontement musclé et très serré, la victoire a logiquement été attribuée  à Khalid par deux des trois juges : Fabian Guggenheim 58-56, Claudine Pascal 59-55, Corrado Corsi 55-59.

Verdict plus facile à délivrer pour le dernier combat professionnel de la réunion entre Stefano Ciriolo et le Bulgare Teodor Boyadjiev que le super-léger du Boxing genevois avait déjà battu aux points en août 2015. Rebelote cette fois mais à l’issue d’un match à sens unique. Blessé à une arcade, Boyadjiev a dû se faire poser plusieurs points de suture par le docteur Jean-Marc Schenker.

Magnifique Yves Tazi 

Chez les amateurs, on a surtout apprécié la très belle performance du jeune Carougeois Yves Tazi Kusongi (22 ans) qui, pour son troisième combat seulement, a confirmé ses exceptionnelles qualités. Magnifique technicien, à la fois frappeur et esquiveur, le petit protégé de Ricardo Pereira a dominé le Montreusien Camillo Ruivo (3-0) en lui infligeant trois knock down : deux au 1er round sur des crochets du gauche et un troisième à l’ultime reprise sur une série des deux mains très appuyée ! Ruivo s’est bien repris au 2ème round. Il a eu des réactions furieuses et s’est révélé un très bon adversaire mais les esquives d’Yves ont fait merveille.

Voir à l’œuvre Yves est un ravissement.  Il a tout pour réussir une belle carrière : un sens inné de la boxe, l’instinct, l’inspiration, la fulgurance dans ses attaques, la souplesse du tronc, les esquives et les déplacements ainsi qu’une belle frappe qui peut encore être améliorée. C’est une perle rare, un diamant brut qu’il s’agit de bien tailler pour en faire le futur joyau de la couronne ! Incontestablement il apparaît comme un petit doué. On l’a vu en progrès depuis son premier combat face au Français Guillaume Marillaud le 19 mars au Ramada. Lorsqu’il aura acquis plus d’expérience et amélioré sa résistance et sa condition physique, il n’y en aura pas beaucoup pour le mettre en échec. Et le professionnalisme lui tend déjà les bras.

A condition d’écouter les conseils et de se laisser façonner par ses entraîneurs, Yves Tazi se profile comme un élément de grand avenir. Un très beau challenge pour Ricardo Pereira qui veille sur lui, avec David San Antonio, comme un père de substitution et s’efforce de le mettre en confiance et de renforcer son mental. Un point très important en boxe. On le voit avec le junior Ardit Demiri (17 ans) qui n’arrive plus, en compétition, a exprimer ce talent qu’il révèle en sparring, à l’entraînement. Une nouvelle fois Ardit a dû s’incliner aux points face à Arthur Grenno (Boxing). Mais ses qualités ne sont nullement remises en question. C’est dans la tête que cela se passe, mais qui saura lui redonner confiance avant qu’il ne renonce ?

Quant à Ahmed Borni (17 ans), il n’est pas encore tout à fait mûr pour monter sur le ring. Mieux vaut encore travailler à l’entraînement.  Résultats :

Amateurs

Elite, 74 kg (3×3) : Samy Bounouail (BC Montreux) bat Gilles Sarvournin (Fra) koT 2è. – Jeunesse, 56 kg (3×3) : Malik Abuer (Fra) bat Ahmed Borni (CP Carouge) koT 1er – Jeunesse, 60 kg (3×3) : Arthur Grenno (BC Genève) bat Ardit Demiri (CP Carouge) points 2-1 – Elite, 69 kg (3×3) : Yves Tazi Kusongi (CP Carouge) bat Camillo Ruivo (BC Montreux) points 3-0. – Elite, 69 kg (3×3) : Erdogan Nurali (Fra) bat Antoine Fèvre (BC Genève) points 3-0.

Professionnels

Super-moyens, 6×3 : Khalid Graidia (CP Carouge, 75,0 kg) bat Francisco Javier Duran (Esp, 75,0 kg) aux points 2-1 (58-56, 59-55, 55-59).

Super-légers, 6×3 : Cédric Kassongo (CP Carouge, 64,0 kg) bat Fran Suarez (Esp, 63,300 kg) aux points 3-0 (59-55, 58-56, 58-56).

Légers, 8×3 ; Patrick Kinigamazi (CP Carouge, 60,0 kg) bat Miguel Alberto Gonzalez Mena (Hon, 61,500 kg) aux points 3-0 (79-73, 80-71, 82-71)

Super-légers, 6×3 : Stefano Ciriolo (BC Genève, 65,500) bat Teodor Boyadjev (Bul, 65,500) points 3-0.

Bertrand Duboux

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